La plongée dans le Grand Cul de Sac Marin de Guadeloupe.

Le récif corallien des Antilles en danger !

Le blanchissement des coraux en Guadeloupe.


Rédigé le Vendredi 9 Octobre 2020 à 00:51 | Lu 12161 commentaire(s)

La Grande barrière de corail d’Australie est visible depuis l’espace c’est la plus grande structure crée par des organismes vivants sur la Terre. Cette gigantesque structure s’étend sur 2 600 kilomètres, elle est l’œuvre de milliards de minuscules organismes appelés communément « corail ».


Lors de vos plongées explorations dans le Parc National de Guadeloupe peut-être avez-vous observé en saison cyclonique des colonies de coraux entièrement blanches. Si vous avez la chance de plonger avec le club Eden Plongée les moniteurs de plongée spécialiste en biologie sous-marine vous diront tout sur le corail et le phénomène de blanchissement.

Plongée de nuit en Guadeloupe. Détail des polypes déployés du corail Montastrea cavernosa.
Plongée de nuit en Guadeloupe. Détail des polypes déployés du corail Montastrea cavernosa.

Qu'est-ce que le corail ?

Le corail est un animal qui appartient à l’embranchement des Cnidaires. Sa taille varie de quelques dixièmes de millimètres à plusieurs centimètres.
Est-ce vraiment un animal ? Ne serait-ce pas plutôt un végétal ou un minéral ?
C’est en fait l’association des trois.
Sa forme générale est celle d’un sac dont l’ouverture est bordée de tentacules garnis de cellules urticantes. Il peut vivre solitaire ou en colonie. Il possède un squelette minéral calcaire appelé « calice » recouvert par l’animal avec des tentacules tournés vers le haut pour capturer sa nourriture planctonique. C’est ce qu’on nomme un « polype ».
Le troisième élément, la partie végétale, est une micro algue appelée zooxanthelle qui vit à l’intérieur des tissus du corail. Cette association animal-végétal est bénéfique aux deux, c’est ce qu’on nomme une association symbiotique.

Ce sont les algues symbiotiques, Zooxanthelles, qui donne sa coloration à ce corail à méandres.
Ce sont les algues symbiotiques, Zooxanthelles, qui donne sa coloration à ce corail à méandres.

Une algue symbiotique pourquoi faire ?

Les Zooxanthelles ou algues symbiotiques sont de forme plus ou moins sphérique d’une taille de l’ordre du micron, on en compte plusieurs millions par cm² de tissus corallien.
Leurs rôle est primordiale pour la croissance du corail. Comme les plantes elles vont faire de la photosynthèse en utilisant l’énergie solaire pour transformer le gaz carbonique contenu dans l’eau en matière organique. Cette matière organique va être en partie utilisée pour la croissance des tissus du polype tandis que l’autre partie va être utilisée pour former des cristaux de carbonate de calcium (du calcaire) ce qui va constituer son squelette.
En retour les Zooxanthelles vont profiter des déchets azotés et phosphorés du polype ainsi qu’une protection contre les prédateurs naturels comme les poissons herbivores.

Colonies de coraux Meandrina meandrites, celle de droite a perdu ces Zooxanthelles laissant apparaitre son squelette calcaire.
Colonies de coraux Meandrina meandrites, celle de droite a perdu ces Zooxanthelles laissant apparaitre son squelette calcaire.

Pourquoi le corail devient blanc ?

Pour réaliser la photosynthèse, les Zooxanthelles possèdent des pigments de différentes couleurs comme les chlorophylles et les caroténoïdes. Ces pigments vont permettent aux Zooxanthelles de s’adapter aux conditions d’éclairement quelle que soit la profondeur. Ce sont eux en fonction de leur densité qui vont donner sa coloration au corail et parfois le rendre fluorescent.
 

Colonie de corail Eusmilia fastigata en train de mourir.
Colonie de corail Eusmilia fastigata en train de mourir.
Le blanchissement des coraux correspond à la perte des algues symbiotiques, laissant ainsi apparaître le squelette calcaire à travers les tissus hôtes devenus transparents.
Les causes exactes de cette altération sont encore inconnues mais la communauté scientifique s’accorde à dire que la première variable responsable du blanchissement est l’élévation de la température. Le phénomène se produit lorsque la température de l’eau dépasse 29 °C durant deux à quatre semaines consécutives.

Des algues apparaissent sur les colonies de Montastrea annularis, signe que la colonie est en train de mourir.
Des algues apparaissent sur les colonies de Montastrea annularis, signe que la colonie est en train de mourir.

Le corail va-t-il mourir ?

Le fait que le corail devient blanc ne veut pas dire qu’il soit mort mais sans l’aide des algues symbiotiques sa croissance et sa capacité de reproduction s’arrête.
Si le stress perdure, il y aura mort totale ou partielle de la colonie corallienne. De blanc, il devient vert, recouvert par d’autres algues et progressivement s’amorce une érosion amenant la destruction de la colonie et du récif.
L’abaissement de la température va permettre le retour des Zooxanthelles dans les tissus du corail. Une hypothèse suggère que le blanchissement pourrait être une réaction adaptative plutôt que pathologique. Ce serait l’opportunité pour le corail de se recombiner avec d'autres zooxanthelles plus aptes à s'accommoder d'un environnement modifié.

Octobre 2005, phénomène de blanchissemnt des coraux de grande ampleur en Guadeloupe.
Octobre 2005, phénomène de blanchissemnt des coraux de grande ampleur en Guadeloupe.

Quel avenir pour les coraux ?

En octobre 2005 un phénomène de blanchissement des coraux d’une ampleur exceptionnelle en Guadeloupe a provoqué une diminution du taux de recouvrement en coraux (43 à 52 %). Leur état de santé a subi une altération progressive (Bouchon et al., 2006).
Jusqu’à l’épisode de blanchissement de 2005, les peuplements coralliens des récifs de la Guadeloupe sont demeurés (Grand Cul-de-Sac Marin, Pigeon) globalement stables, pour ce qui concerne la couverture corallienne des fonds. Par la suite, la perte de recouvrement due au blanchissement et à la mortalité retardée qui lui a fait suite est de l’ordre de 40%. Par ailleurs, le taux de nécrose des coraux augmente. Ce phénomène est inquiétant et traduit une dégradation progressive de l’état de santé des coraux. Si cet accroissement progressif du taux de nécrose des coraux se maintenait à ce rythme, ce phénomène conduirait à la disparition des coraux sur les récifs en deux ou trois décennies (Bouchon et al, 2006).

Maladie de la perte de tissu corallien sur un Corail Cerveau.
Maladie de la perte de tissu corallien sur un Corail Cerveau.

2020, une nouvelle maladie mortelle pour les coraux.

La maladie de la perte de tissu corallien, ou SCTLD, est une maladie qui touche une vingtaine d’espèces de coraux durs des Caraïbes. Elle représente une menace particulièrement importante en raison de de son taux de mortalité élevé et du grand nombre d'espèces coralliennes touchées.
Le corail a une importance primordiale dans les mers tropicales. En s’assemblant pour former des récifs coralliens, ils forment une barrière naturelle contre les vagues et les tsunamis. Le récif corallien est essentiel à la vie marine, il abrite 25% de la vie marine de notre planète.
Le changement climatique, la pollution, une très mauvaise gestion de la pêche particulièrement en Guadeloupe et autres menaces ont un impact considérable sur la bonne santé des coraux.
En plein confinement du COVID-19, la maladie de la perte de tissu corallien (SCTLD), est apparue dans le Grand Cul de Sac Marin. Cette maladie détectée une première fois en Floride en 2014, détruit complètement les tissus de nombreuses espèces de coraux durs, les tuant en quelques semaines ou mois. Les scientifiques soupçonnent une bactérie d’être à l’origine de cette maladie.

Maladie de la perte de tissu corallien sur un Corail Méandreux.
Maladie de la perte de tissu corallien sur un Corail Méandreux.

La maladie de la perte de tissu corallien (SCTLD)

L’infection de la maladie de la perte de tissu corallien (SCTLD) commence généralement près de la base du corail en attaquant le tissu mou ou sous forme de tache qui va en s’élargissant. En mourant le tissu mou laisse apparaitre le squelette blanc. La progression de la maladie se fait de façon régulière en progressant sur toute la surface de la colonie.
Les petites colonies de coraux peuvent être tués en quelques semaines, tandis que les plus grosses peuvent survivre pendant des mois.
Particulièrement mortelle, la maladie de la perte de tissu corallien (SCTLD) à un taux de mortalité variant entre 66% et 100%. L’agent pathogène bactérien serait transmis soit par contact, soit par le mouvement de l’eau.

Maladie de la perte de tissu corallien sur un Grand Corail Etoilé.
Maladie de la perte de tissu corallien sur un Grand Corail Etoilé.

Plus d'une vingtaine d'espèces menacées par cette maladie !

Tous les coraux ne sont pas sensibles à la maladie, le corail Corne de Cerf (Acropora cervicornis) et le Corail d'Elan (Acropora palmata), qui sont tous deux en danger critique d'extinction semblent immunisés.
Dans le Grand Cul de Sac Marin, les premières espèces touchées sont les coraux à méandres (Famille des Méandrinidés) ainsi que les coraux Cerveaux. Mais également : le corail fleur lisse (Eusmilia fastigiata), le Grand Corail Etoilé (Montastraea cavernosa) … D’autres espèces peuvent être concernées.
Selon une nouvelle étude de l'UNESCO, les récifs coralliens du monde entier sont menacés de disparaître complètement d'ici 2050. En Guadeloupe, sur un récif déjà lourdement impacté par diverses agressions, l’arrivée de cette nouvelle maladie des coraux va accélérer la disparition du récif corallien qui pourrait intervenir d’ici une ou deux décennies.
Vous pouvez signaler vos observations de la maladie à l' AGRRAA (Atlantic and Gulf Rapid Reef Assessment) .

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